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Publié le 12 juin 2026

TDAH : et si la vraie question était celle de la régulation ?

Ce que les nouvelles orientations de la psychiatrie de l’enfant pourraient changer dans notre compréhension du corps, du cerveau et du développement

Le TDAH est généralement présenté comme un trouble de l’attention et de l’autorégulation.

Mais si les difficultés de certains enfants concernaient aussi, plus profondément, leurs capacités de récupération, de stabilité physiologique, de sécurité intérieure et de disponibilité au monde ?

À partir des nouvelles orientations de la psychiatrie internationale et d’une lecture plus systémique du développement humain, cet article propose d’explorer une autre manière de comprendre les liens entre le corps, le cerveau et les relations humaines dans le développement de l’enfant.


1. Une discipline mondiale en questionnement

Il se passe aujourd’hui quelque chose d’important dans le monde de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Partout, les chiffres augmentent :

troubles anxieux, états dépressifs, difficultés attentionnelles, troubles du comportement, épuisement psychique des adolescents, souffrance scolaire, difficultés relationnelles, troubles du sommeil et de la régulation émotionnelle. Les systèmes de soins saturent. Les délais d’attente s’allongent. Les familles se sentent souvent perdues entre diagnostics, prises en charge fragmentées et professionnels eux-mêmes débordés.

Dans les consultations, beaucoup de parents décrivent d’ailleurs une réalité troublante :

des enfants épuisés le matin, agités le soir, inattentifs à l’école mais incapables de récupérer réellement la nuit ; des enfants intelligents mais débordés ; sensibles mais rapidement submergés ; parfois en opposition, alors qu’ils semblent surtout en difficulté pour retrouver une forme de stabilité intérieure.

Le grand rapport international coordonné en 2026 par Samuele Cortese sur les défis mondiaux de la psychiatrie de l’enfant ne propose pas une révolution spectaculaire. Il fait peut-être quelque chose de plus important encore : il reconnaît honnêtement que les modèles actuels atteignent certaines limites.

Les auteurs décrivent une réalité devenue difficile à ignorer :

les troubles psychiques de l’enfant ne peuvent plus être pensés uniquement comme des catégories isolées les unes des autres.

Le développement réel d'un enfant ne suit pas les frontières du DSM.Le développement réel d’un enfant ne suit pas les frontières du DSM.

  • Le sommeil influence les émotions.
  • Les émotions modifient l’attention.
  • L’environnement relationnel agit sur la récupération.
  • Le stress chronique transforme le fonctionnement corporel.
  • La qualité de l’éveil conditionne les apprentissages.

Autrement dit, le vivant semble fonctionner comme un système dynamique beaucoup plus interconnecté que ce que nos organisations médicales en silos ont parfois laissé entendre.

Cette remise en question n’est d’ailleurs pas nouvelle.

Dès 2013, le National Institute of Mental Health reconnaissait publiquement les limites des classifications psychiatriques traditionnelles et lançait le programme Research Domain Criteria (RDoC). Pour la première fois, une grande institution scientifique affirmait clairement que les catégories diagnostiques classiques ne suffisaient plus à rendre compte de la complexité réelle du fonctionnement humain.

L’objectif était ambitieux :

mieux articuler neurosciences, cognition, émotions, comportements, développement et environnement afin de dépasser une vision trop fragmentée des troubles psychiques.

Mais malgré cette ouverture majeure, une question semble encore largement en suspens :

comment réintégrer pleinement le corps, la physiologie du développement et les dynamiques relationnelles dans notre compréhension de la santé mentale de l’enfant ?

Car un enfant n’est pas seulement un cerveau en développement.

C’est aussi :

  • un corps qui cherche sa stabilité ; 
  • une respiration qui influence l’éveil ; 
  • un sommeil qui conditionne la récupération ; 
  • des émotions qui traversent l’organisme entier ; 
  • une sécurité relationnelle qui façonne progressivement les capacités d’autorégulation. 

Et peut-être est-ce précisément là que se situe aujourd’hui l’un des grands enjeux.

Car nous demandons parfois à certains enfants :

  • d’être attentifs, 
  • de se calmer, 
  • de contrôler leurs émotions, 
  • d’apprendre, 
  • d’entrer en relation,
    alors même que leurs capacités physiologiques de récupération, de stabilité et de régulation restent encore fragiles ou immatures. 

Au fond, la question n’est peut-être plus seulement de savoir quelle technique supplémentaire ajouter aux prises en charge existantes.

Elle pourrait devenir celle-ci :

Comment retrouver une lecture organisée des interactions entre le corps en conscience, le cerveau en mouvement et l’Humain en relation ?

C’est probablement autour de cette question que les prochaines années vont se jouer.

Et au milieu de cette transition apparaît un trouble devenu central dans les débats contemporains :
le TDAH.

Un simple trouble neurodéveloppemental de l’attention ?

Ou le signal visible d’une difficulté plus large touchant les capacités globales de récupération, de sécurité, de stabilité et de disponibilité de l’enfant ?


2. Le TDAH : un trouble de l’attention… ou une difficulté plus globale de disponibilité ?

Le TDAH occupe aujourd’hui une place particulière dans les débats sur la santé mentale de l’enfant.

Jamais les connaissances scientifiques n’ont été aussi nombreuses.
Jamais les diagnostics n’ont été aussi fréquents.
Et pourtant, jamais les interrogations des familles, des enseignants et même des professionnels n’ont semblé aussi importantes.

Car malgré les avancées considérables des neurosciences et des approches thérapeutiques, une question persiste souvent dans la pratique clinique :

Pourquoi certains enfants semblent-ils capables, par moments, d’attention, de calme, d’intelligence relationnelle ou d’apprentissage… puis deviennent soudainement débordés, agités, opposants, épuisés ou indisponibles ?

Cette variabilité est probablement l’un des éléments les plus troublants du TDAH.

Beaucoup de parents décrivent des enfants :

  • capables de concentration intense sur certains sujets ; 
  • puis incapables de maintenir leur attention dans des situations ordinaires ; 
  • sensibles et empathiques ; 
  • puis explosifs ou débordés émotionnellement ; 
  • parfois très performants intellectuellement ; 
  • mais épuisés par des tâches quotidiennes pourtant simples en apparence. 

Cette réalité interroge.

Car si l’attention était uniquement une fonction cognitive isolée, pourquoi dépendrait-elle autant :

  • du sommeil ; 
  • de la fatigue ; 
  • de la qualité de récupération ; 
  • du niveau de stress ; 
  • du climat relationnel ; 
  • de la respiration ; 
  • ou même parfois de la posture corporelle ? 

Peut-être parce que l’attention n’est pas seulement une fonction mentale.

Elle pourrait être aussi l’expression visible d’un état global de disponibilité du système.

Autrement dit, avant même de pouvoir apprendre, inhiber, planifier ou se concentrer, un enfant doit déjà pouvoir maintenir un certain niveau :

  • d’éveil stable ; 
  • de sécurité intérieure ; 
  • de récupération physiologique ; 
  • d’équilibre émotionnel ; 
  • et de stabilité corporelle. 

Et c’est probablement là qu’apparaît une difficulté importante des modèles trop fragmentés :

ils tendent parfois à séparer artificiellement ce qui, chez l’enfant, fonctionne en permanence ensemble.

Le sommeil d’un enfant influence son attention le lendemain.
Son état émotionnel modifie son tonus corporel.
Le stress agit sur sa respiration et sa récupération.
La fatigue transforme ses capacités d’inhibition.
Les tensions relationnelles modifient l’état d’éveil et la disponibilité cognitive.

Le vivant semble beaucoup moins compartimenté que les disciplines chargées de l’étudier.

Dans cette perspective, le TDAH pourrait alors être compris autrement :

non pas uniquement comme un déficit attentionnel, mais comme une difficulté plus globale à maintenir durablement des états internes suffisamment stables pour permettre l’adaptation, l’apprentissage et la relation.

Cette hypothèse ne nie évidemment pas les dimensions neurobiologiques du TDAH.

Au contraire.

Elle invite peut-être à les replacer dans une vision plus large du développement humain :

un cerveau en mouvement, dans un corps vivant, en interaction permanente avec son environnement physiologique, affectif et relationnel.

Car un enfant ne régule pas seulement avec son cortex.

Il régule avec :

  • son sommeil ; 
  • sa respiration ; 
  • son tonus ; 
  • son histoire développementale ; 
  • ses rythmes physiologiques ; 
  • ses relations ; 
  • et sa capacité progressive à se sentir suffisamment en sécurité pour pouvoir apprendre, explorer et s’adapter. 

La question devient alors moins :

“Cet enfant peut-il être attentif ?”

Et davantage :

“Dans quelles conditions cet enfant peut-il réellement devenir disponible ?”


Et si l'attention dépendait aussi de la récupération?3. Du symptôme visible au fonctionnement du vivant sous-jacent

Les classifications psychiatriques modernes ont permis des avancées considérables.

Elles ont contribué :

  • à mieux reconnaître certaines souffrances ; 
  • à structurer la recherche ; 
  • à faciliter l’accès aux soins ; 
  • à rendre visibles des troubles longtemps minimisés ou ignorés. 

Dans le cas du TDAH, cette reconnaissance a représenté une étape importante pour de nombreuses familles. Beaucoup d’enfants autrefois considérés comme paresseux, opposants, immatures ou mal élevés ont enfin pu être compris autrement.

Le problème n’est donc probablement pas que ces classifications soient “fausses”.

Mais lorsqu’il s’agit du développement réel d’un enfant, quelque chose semble souvent échapper aux catégories elles-mêmes.

Car dans la pratique clinique, les frontières deviennent rapidement moins nettes.

Un enfant présentant des difficultés attentionnelles peut aussi :

  • mal dormir ; 
  • être hypersensible émotionnellement ; 
  • présenter des difficultés posturales ; 
  • vivre une fatigue chronique ; 
  • développer des manifestations anxieuses ; 
  • alterner agitation et épuisement ; 
  • ou montrer des capacités très fluctuantes selon les contextes. 

Les fameuses “comorbidités” deviennent alors presque la règle plutôt que l’exception.

Mais cette accumulation de diagnostics soulève une question importante :

Et si certaines de ces difficultés n’étaient pas seulement des troubles séparés qui s’additionnent…
mais l’expression visible de déséquilibres plus globaux du fonctionnement vivant ?

Car le vivant ne compartimente pas ses fonctions comme nos disciplines le font parfois.

Le sommeil influence l’attention.
La respiration agit sur l’éveil.
Les émotions modifient le tonus corporel.
La fatigue transforme les capacités d’inhibition.
L’environnement relationnel influence la récupération physiologique.

Autrement dit :

les symptômes visibles émergent toujours dans un organisme vivant déjà plus ou moins stable, disponible, sécurisé et récupéré.

Cette perspective change profondément le regard.

Elle invite progressivement à passer :

  • du symptôme isolé ; 
  • vers les conditions qui rendent ce symptôme plus ou moins probable ; 
  • plus ou moins intense ; 
  • plus ou moins durable. 

Le problème devient alors moins :

“Quel trouble possède cet enfant ?”

Et davantage :

“Comment fonctionne aujourd’hui son système de régulation ?”

Cette question ouvre une autre manière de penser le développement.

Car un enfant ne se construit pas uniquement à travers ses fonctions cognitives supérieures.

Il se développe aussi :

  • à travers ses rythmes physiologiques ; 
  • sa capacité de récupération ; 
  • sa stabilité tonico-posturale ; 
  • la qualité de son sommeil ; 
  • sa respiration ; 
  • son sentiment de sécurité ; 
  • et les interactions permanentes entre son corps, son cerveau et ses relations humaines. 

Dans cette perspective, le symptôme ne disparaît pas.

Mais il cesse d’être considéré comme un phénomène isolé.

Il devient peut-être l’expression visible d’un fonctionnement plus profond du vivant en développement.


4. Le corps oublié de la santé mentale

Il suffit parfois d’observer certains enfants pour percevoir que leurs difficultés ne concernent pas uniquement “l’attention”.

Certains semblent lutter en permanence pour maintenir :

  • leur éveil ; 
  • leur stabilité corporelle ; 
  • leur disponibilité émotionnelle ; 
  • ou leur capacité à récupérer réellement. 

D’autres apparaissent agités toute la journée… puis épuisés le soir sans parvenir à trouver un sommeil réparateur.

Certains ont du mal à tenir assis, à coordonner leurs mouvements, à stabiliser leur regard ou leur posture.
D’autres encore semblent vivre dans un état d’hypervigilance permanent, comme si leur organisme entier restait mobilisé en continu.

Ces observations sont fréquentes dans la pratique quotidienne des familles et des professionnels.

Et pourtant, elles restent souvent dispersées entre plusieurs disciplines :

  • d’un côté le sommeil ; 
  • d’un autre les émotions ; 
  • ailleurs, la posture ; 
  • plus loin l’attention ; 
  • ou encore la respiration. 

Comme si ces fonctions appartenaient à des mondes séparés.

Mais dans le développement réel d’un enfant, le corps ne fonctionne jamais en pièces détachées.

Le cerveau ne régule jamais seul.Le cerveau lui-même dépend en permanence :

  • du niveau d’éveil ; 
  • de la qualité de récupération ; 
  • de l’oxygénation ; 
  • des rythmes physiologiques ; 
  • du tonus corporel ; 
  • et de l’état général de sécurité de l’organisme. 

Autrement dit :

la cognition flotte sur une base corporelle vivante.

Cette idée n’est d’ailleurs pas nouvelle.

Depuis plusieurs décennies, de nombreux travaux en neurosciences, physiologie, posturologie, sommeil ou psychologie du développement suggèrent que les fonctions cognitives supérieures émergent toujours à partir d’un organisme déjà plus ou moins stable, régulé et disponible.

Un enfant fatigué n’apprend pas de la même manière.
Un enfant en hyperéveil ne traite pas les informations de façon identique.
Une respiration perturbée modifie l’état d’éveil.
Une récupération insuffisante influence les capacités attentionnelles et émotionnelles.
Un tonus instable peut altérer la disponibilité cognitive et relationnelle.

Peut-être avons-nous progressivement oublié quelque chose d’essentiel :

avant d’être un cerveau qui pense, l’enfant est un organisme vivant qui doit continuellement maintenir son équilibre interne pour pouvoir explorer, apprendre et entrer en relation.

Cette perspective change profondément la manière de regarder certaines difficultés neurodéveloppementales.

Car il ne s’agit plus seulement d’observer :

  • ce que l’enfant fait ; 
  • ou ce qu’il ne parvient pas à faire. 

Il devient également nécessaire de comprendre dans quel état physiologique global son système tente de fonctionner.

Un enfant peut parfois sembler inattentif alors qu’il lutte surtout contre la fatigue.
Un autre peut apparaître opposant alors que son organisme reste en surcharge permanente.
Certains cherchent le mouvement non par provocation, mais pour maintenir leur niveau d’éveil.
D’autres deviennent émotionnellement débordés faute de récupération suffisante.

Dans cette perspective, les comportements visibles prennent souvent une autre signification.

Ils cessent d’être uniquement des symptômes à corriger.

Ils deviennent parfois des tentatives d’adaptation d’un organisme qui cherche encore son équilibre.

Cela ne signifie évidemment pas que tout s’explique par le corps.

Le développement humain reste profondément relationnel, affectif, éducatif, social et environnemental.

Mais peut-être avons-nous sous-estimé à quel point la physiologie du vivant participe silencieusement à la construction :

  • de l’attention ; 
  • des émotions ; 
  • de la disponibilité ; 
  • de la sécurité intérieure ; 
  • et même des capacités relationnelles de l’enfant. 

C’est probablement à cet endroit que commence à émerger une autre manière de penser la régulation :
non plus comme une simple fonction mentale isolée, mais comme une propriété dynamique de l’ensemble du système vivant.


5. Les rythmes invisibles du vivant

À mesure que l’on observe le développement de l’enfant dans sa globalité, une réalité devient difficile à ignorer :

les grandes fonctions humaines semblent fonctionner moins comme des mécanismes isolés que comme des rythmes constamment en interaction.

Le sommeil influence l’attention.
La respiration modifie l’état d’éveil.
Le tonus corporel agit sur la disponibilité cognitive.
Les émotions transforment la posture, le rythme cardiaque et la vigilance.
La sécurité relationnelle influence profondément la récupération physiologique.

Autrement dit :

le vivant semble continuellement chercher une forme d’équilibre dynamique entre plusieurs grandes fonctions qui doivent se coordonner en permanence.

Cette réalité apparaît particulièrement chez l’être humain bipède.

Car tenir debout, respirer, maintenir l’équilibre, orienter son attention, anticiper ses mouvements, réguler ses émotions et entrer en relation représentent une tâche physiologique extraordinairement complexe.

Avant même la pensée élaborée, l’organisme doit continuellement maintenir :

  • son niveau d’éveil ; 
  • sa stabilité posturale ; 
  • sa ventilation ; 
  • ses rythmes internes ; 
  • sa récupération ; 
  • et sa capacité à s’adapter aux variations de l’environnement. 

Le cerveau pensant du bipède humain repose ainsi sur une physiologie lente, rythmique et profondément interactive.

Depuis plusieurs décennies, de nombreux travaux issus :

  • des neurosciences ; 
  • de la physiologie ; 
  • de la posturologie ; 
  • des sciences du sommeil ; 
  • ou encore de la psychologie développementale,
    suggèrent que ces grandes fonctions ne peuvent être pleinement comprises séparément. 

Les rythmes respiratoires influencent les rythmes cérébraux.
Les oscillations posturales interagissent avec l’état d’éveil.
Le sommeil conditionne les capacités attentionnelles et émotionnelles.
Les états relationnels influencent le système autonome et la récupération.

Le vivant fonctionne en synchronisation permanente.

Le vivant fonctionne en synchronisation permanente.Cette perspective conduit progressivement à regarder autrement certaines difficultés neurodéveloppementales.

Car chez certains enfants, ce qui semble fragile n’est peut-être pas uniquement une fonction cognitive isolée.

C’est parfois l’ensemble des capacités de stabilité, de récupération et d’ajustement du système vivant qui paraît coûteux, fluctuant ou difficile à maintenir durablement.

L’enfant tente alors de s’adapter avec les moyens dont il dispose :

  • mouvement ; 
  • agitation ; 
  • évitement ; 
  • opposition ; 
  • retrait ; 
  • hypercontrôle ; 
  • recherche sensorielle ; 
  • fatigue ; 
  • ou hypervigilance. 

Dans cette perspective, les comportements visibles prennent souvent une autre signification.

Ils peuvent devenir les manifestations adaptatives d’un organisme qui cherche encore ses points d’équilibre.

Cette lecture ne réduit évidemment pas l’enfant à sa physiologie.

Au contraire.

Elle replace la physiologie dans une dynamique beaucoup plus large :
celle d’un être humain en développement, continuellement façonné par les interactions entre :

  • son corps ; 
  • son cerveau ; 
  • ses rythmes internes ; 
  • et ses relations humaines. 

C’est probablement à cet endroit qu’émerge progressivement une vision plus intégrative de la régulation :
une régulation qui ne dépend pas d’une seule structure cérébrale, d’un seul symptôme ou d’une seule cause,
mais d’un ensemble vivant de synchronisations lentes entre posture, respiration, récupération, émotions, cognition et sécurité relationnelle.


6. Vers une hypothèse organisatrice du vivant en développement

Une hypothèse organisatrice émergente.À mesure que ces interactions deviennent visibles, une question finit naturellement par émerger :

Comment l’organisme humain coordonne-t-il en permanence :

  • posture ; 
  • respiration ; 
  • éveil ; 
  • récupération ; 
  • attention ; 
  • émotions ; 
  • et adaptation relationnelle ? 

Car chez l’enfant en développement, aucune de ces fonctions ne semble réellement fonctionner de manière isolée.

Le sommeil influence l’attention.
La respiration agit sur les états d’éveil.
Le tonus postural modifie la disponibilité cognitive et émotionnelle.
Les relations humaines influencent profondément la récupération physiologique.
Le stress chronique transforme les rythmes internes de l’organisme.

Autrement dit :

le vivant semble continuellement synchroniser plusieurs grands systèmes à la fois.

C’est dans ce contexte qu’émerge progressivement, au sein de notre réflexion clinique et observationnelle, l’hypothèse d’un Système Tonico-Ventilatoire (STV).

Graphique du système Tonico-Ventilatoire (STV)Le STV peut alors être envisagé non comme une structure anatomique isolée, ni comme une théorie fermée, mais comme une hypothèse organisatrice émergente permettant de relier certaines synchronisations fondamentales du vivant :

  • la posture ; 
  • la ventilation ; 
  • les états d’éveil ; 
  • les rythmes de récupération ; 
  • les capacités attentionnelles ; 
  • les ajustements émotionnels ; 
  • et la sécurité relationnelle. 

Cette hypothèse part d’une observation simple :

chez l’être humain bipède, respirer, maintenir son équilibre, orienter son attention, réguler ses émotions et entrer en relation nécessitent des ajustements permanents extraordinairement coordonnés.

Le cerveau ne fonctionne jamais indépendamment de cette physiologie globale.

La pensée elle-même repose sur :

  • un organisme suffisamment stable ; 
  • une récupération suffisante ; 
  • une respiration fonctionnelle ; 
  • un niveau d’éveil adaptable ; 
  • et un sentiment minimal de sécurité permettant l’exploration et l’apprentissage. 

Dans cette perspective, la régulation n’apparaît plus comme une simple fonction cérébrale localisée.

Elle devient une propriété dynamique de l’ensemble du système vivant en interaction avec son environnement.

Cette lecture conduit progressivement à considérer autrement certaines difficultés neurodéveloppementales.

Car derrière les symptômes visibles peuvent parfois exister :

  • des difficultés de récupération ; 
  • des instabilités d’éveil ; 
  • des désynchronisations physiologiques ; 
  • des adaptations posturales coûteuses ; 
  • des états d’hypervigilance persistants ; 
  • ou des capacités fluctuantes de disponibilité au monde et à la relation. 

L’enfant tente alors de maintenir son équilibre avec les ressources dont il dispose.

Le mouvement.
L’agitation.
Le retrait.
L’opposition.
L’évitement.
La recherche sensorielle.
L’hypercontrôle.

Ces comportements cessent alors d’être uniquement interprétés comme des “problèmes”.
Ils peuvent devenir les manifestations adaptatives d’un organisme vivant qui cherche encore ses conditions de stabilité.

Dans cette perspective, le TDAH n’est plus regardé uniquement comme un déficit de l’attention.

Il peut aussi devenir une porte d’entrée vers une compréhension plus globale des mécanismes de régulation du vivant en développement.

Et c’est probablement à partir de cette vision qu’une approche plus intégrative commence à devenir possible :
une approche cherchant non seulement à réduire les symptômes visibles,
mais aussi à mieux comprendre et à soutenir les grandes fonctions physiologiques, émotionnelles, cognitives et relationnelles qui permettent à l’enfant de devenir progressivement disponible à lui-même, aux autres et au monde.


7. Une approche plus intégrative devient alors possible

Si les grandes fonctions du vivant interagissent en permanence, alors il devient nécessaire de disposer d’une lecture clinique capable d’observer ces interactions sans réduire l’enfant à une juxtaposition de symptômes ou de diagnostics.

C’est dans cette perspective qu’émerge progressivement, au sein de la neurothérapie intégrative, une organisation autour de cinq grands piliers physiologiques et développementaux :

  • le tonus et la posture ; 
  • la respiration ; 
  • le sommeil et la récupération ; 
  • les émotions et le sentiment de sécurité ; 
  • les capacités cognitives et la disponibilité attentionnelle. 

Ces piliers ne représentent pas cinq domaines indépendants.

Ils constituent plutôt cinq grandes dimensions interdépendantes du vivant humain en développement.

Le sommeil influence la cognition.
La respiration agit sur l’état d’éveil.
Le tonus corporel modifie la disponibilité émotionnelle et attentionnelle.
Les relations humaines influencent la récupération physiologique.
Les émotions transforment les rythmes corporels et cognitifs.

Autrement dit :
aucun pilier ne fonctionne isolément.

Cette lecture ne cherche pas à remplacer les approches médicales, psychologiques, éducatives ou rééducatives existantes.

Elle tente plutôt de proposer une organisation clinique permettant de mieux comprendre :

  • les interactions ; 
  • les vulnérabilités ; 
  • les compensations ; 
  • les capacités adaptatives ; 
  • et les conditions physiologiques de disponibilité de l’enfant. 

Dans cette perspective, les outils de biofeedback, de neurofeedback, les approches du sommeil, de la respiration, du mouvement, de la relation ou de la psychoéducation ne sont plus considérés comme des techniques séparées agissant chacune sur un symptôme particulier.

Ils deviennent différentes portes d’entrée permettant d’observer, d’objectiver et d’accompagner les capacités de régulation du système vivant.

Les mesures physiologiques ne servent alors plus uniquement à “évaluer” un trouble.

Elles deviennent des formes de rétroaction physiologique permettant à l’enfant, à sa famille et aux professionnels d’apprendre progressivement à reconnaître, ajuster et stabiliser certains états physiologiques, émotionnels et attentionnels.

Dans cette approche, la régulation ne s’impose pas de l’extérieur.

Elle s’apprend progressivement à travers :

  • l’expérience ; 
  • la relation ; 
  • la répétition ; 
  • les capacités adaptatives propres au vivant ; 
  • et les possibilités de retour progressif vers davantage de stabilité, de récupération et de disponibilité. 

Cette perspective transforme également profondément la place de l’accompagnant.

Car lorsque la régulation est pensée comme une propriété du vivant en relation, le professionnel ne peut plus être réduit à un simple technicien appliquant des protocoles standardisés.

Sa présence devient elle-même une partie du processus d’apprentissage et de régulation.

Il apporte :

  • une stabilité ; 
  • une qualité de présence ; 
  • une capacité d’ajustement ; 
  • un cadre sécurisant ; 
  • une confiance ; 
  • et parfois même une forme d’élan vital lorsque l’enfant ou la famille commencent à perdre espoir. 

Dans cette perspective, les effets dits “placebo”, les effets contextuels, l’alliance thérapeutique ou encore la qualité du lien humain ne constituent plus des variables parasites venant perturber une technique supposée “pure”.

Ils deviennent au contraire des dimensions fondamentales de l’apprentissage vivant.

La relation fait partie du processus de régulation.Car le vivant apprend rarement dans l’isolement.

Il apprend :

  • dans la relation ; 
  • dans la sécurité ; 
  • dans les synchronisations humaines ; 
  • dans l’expérience répétée ; 
  • et dans la possibilité progressive de retrouver une capacité d’adaptation suffisamment stable pour explorer le monde sans rester continuellement en état de lutte, d’épuisement ou d’hypervigilance. 

Dans cette approche, la technologie ne remplace donc jamais l’humain.

Elle devient un support d’objectivation, de compréhension et d’apprentissage au service d’une vision plus intégrative du développement humain vivant.


8. Ce que cette vision change concrètement pour les enfants et les familles

L’idée n’est plus :

  • d’ajouter des concepts ; 
  • mais de montrer ce que ce changement de regard transforme. 

Par exemple :

Ce que cela change

Si l’on regarde l’enfant à travers cette dynamique corps-cerveau-relation, alors certaines difficultés prennent une autre signification.

Un enfant agité n’est plus forcément un enfant “qui ne veut pas”.
Un enfant inattentif n’est pas toujours un enfant “qui refuse d’écouter”.
Un enfant opposant n’est pas systématiquement un enfant “qui cherche le conflit”.

Derrière certains comportements peuvent parfois exister :

  • une fatigue chronique ; 
  • une récupération insuffisante ; 
  • un état d’hypervigilance ; 
  • une difficulté à stabiliser l’éveil ; 
  • ou un organisme qui lutte continuellement pour maintenir son équilibre. 

Cette lecture ne supprime ni les limites éducatives, ni les besoins d’accompagnement psychologique, pédagogique ou médical.

Mais elle modifie profondément le regard porté sur l’enfant.

On ne cherche plus uniquement à corriger un comportement visible.

On tente aussi de comprendre :

  • ce que ce comportement exprime ; 
  • ce qu’il compense ; 
  • et dans quelles conditions l’enfant pourrait progressivement retrouver davantage de stabilité, de sécurité et de disponibilité. 

Retrouver des possibilités d’agir

Retrouver des possibilités d'agir. Photo d'une mère et sa jeune fille marchant de dos.

Peut-être que l’un des plus grands défis des années à venir ne sera pas seulement de diagnostiquer plus tôt les troubles neurodéveloppementaux.

Il sera aussi de permettre aux familles, aux professionnels et à la société entière de retrouver des capacités d’action, de compréhension et de coopération face à des enfants dont le développement semble progressivement nous obliger à repenser les liens entre le corps, le cerveau et les relations humaines.

Car derrière les difficultés attentionnelles, émotionnelles ou comportementales visibles, il existe souvent des familles épuisées, inquiètes, parfois figées dans un sentiment d’impuissance.

Beaucoup traversent silencieusement une forme de deuil :
celui de l’enfant imaginé,
de l’enfant “qui devrait réussir facilement”,
de l’enfant qui entrerait naturellement dans les attentes scolaires, sociales ou familiales.

Et lorsque les incompréhensions s’accumulent, le risque apparaît progressivement :
celui du découragement, de la culpabilité, de l’anxiété chronique ou du sentiment de ne plus savoir comment aider son propre enfant.

Henri Laborit avait profondément montré combien un organisme vivant peut entrer dans l’inhibition lorsqu’il ne perçoit plus de possibilités d’action.

Chez l’animal comme chez l’être humain, l’impossibilité de fuir, de comprendre, de transformer ou d’agir conduit souvent au figement, à l’épuisement ou à l’angoisse.

Or beaucoup de familles vivant avec un enfant présentant un TDAH ou d’autres troubles neurodéveloppementaux traversent précisément cette expérience :
consultations multiples,
réponses fragmentées,
épuisement quotidien,
et parfois sentiment douloureux de rester seuls face à une situation devenue incompréhensible.

C’est peut-être là qu’une approche plus intégrative du développement humain peut ouvrir une autre voie.

Le corps en conscience, le cerveau en mouvement, l'Humain en relation.Non pas en promettant des solutions simples ou des transformations immédiates.

Mais en redonnant progressivement :

  • de la compréhension ; 
  • des repères ; 
  • des capacités d’observation ; 
  • des outils d’objectivation ; 
  • et surtout des possibilités d’action concrète. 

Observer le sommeil.
Comprendre les rythmes de récupération.
Mieux percevoir les interactions entre respiration, émotions, attention et posture.
Aider l’enfant à retrouver davantage de stabilité physiologique et relationnelle.
Créer des environnements plus sécurisants et plus ajustés.

Autrement dit :
sortir progressivement du figement pour retrouver du mouvement.

Car lorsqu’un être humain retrouve des possibilités d’agir, quelque chose recommence souvent à circuler :

la confiance,
l’élan vital,
et parfois même le désir profond d’aider à son tour d’autres enfants et d’autres familles traversant les mêmes difficultés.

C’est probablement à cet endroit que la formation prend tout son sens.

Non comme une accumulation de techniques supplémentaires,
mais comme l’apprentissage d’une autre manière de regarder l’enfant vivant en développement.

Une manière de comprendre que derrière les symptômes visibles existent souvent :

  • des rythmes fragiles ; 
  • des équilibres coûteux ; 
  • des capacités de récupération limitées ; 
  • et des besoins fondamentaux de sécurité, de stabilité, de relation et de disponibilité. 

Car au fond, accompagner un enfant ne consiste peut-être pas uniquement à corriger des comportements ou réduire des symptômes.

Il pourrait aussi s’agir d’aider progressivement un être humain à retrouver les conditions lui permettant de devenir pleinement disponible :

à lui-même,
aux autres,
et au monde qui l’entoure.

« Le corps en conscience, le cerveau en mouvement, l’Humain en relation. »


Photographie de Joël Lemaire
Joël Lemaire

Kinésithérapeute
Président & Cofondateur Institut Neurosens
D.I.U. Posturologie clinique
D.U. Perception Action Troubles des Apprentissages
Membre de la Société Française de Physiothérapie
Membre de l'Association de Psychophysiologie Appliquée et Biofeedback - AAPB
Membre de la Société Internationale de Neurorégulation et la Recherche - ISNR
Co-Auteur : TDAH-Les causes cachées, les solutions efficaces
Co-Auteur : Sommet Francophone du TDAH


Les références

1. Références internationales — contexte actuel

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