TDAH et cognition incarnée : de la verticalité à l’attention – Hypothèse du Système Tonico-Ventilatoire (STV)
Et si l’attention ne commençait pas dans le cerveau… mais dans le corps vivant ?
Et si les difficultés attentionnelles observées chez de nombreux enfants relevaient aussi d’une organisation plus globale impliquant la posture, la respiration, l’éveil cortical, le sommeil et la capacité du vivant à s’adapter à son environnement ?
À travers les recherches sur la cognition incarnée, le développement moteur, les systèmes dynamiques et les interactions entre posture, respiration et attention, cet article propose une autre lecture du TDAH : une compréhension plus intégrée, plus physiologique et profondément humaine.
De la conquête de la verticalité à l’émergence de l’attention, il explore progressivement l’hypothèse du Système Tonico-Ventilatoire (STV) comme possible fil d’Ariane reliant corps, cerveau, émotions, sommeil et apprentissages.
Non pour remplacer les modèles existants, mais pour tenter de relier ce que la clinique rencontre quotidiennement… et que les approches fragmentées peinent encore à réunir.
Introduction — Et si l’attention commençait avant le cerveau attentif ?
Depuis plusieurs décennies, le TDAH est principalement abordé à travers les fonctions cognitives : attention, inhibition, impulsivité ou fonctions exécutives.
Pourtant, chez de nombreux enfants concernés, une autre réalité clinique apparaît de manière récurrente : instabilité posturale, agitation motrice, sommeil peu récupérateur, respiration perturbée, fatigabilité, difficultés de coordination, fluctuations émotionnelles ou faible capacité de récupération.
Ces manifestations sont souvent considérées comme secondaires, associées ou « comorbides ». Mais une question mérite aujourd’hui d’être reposée :
Et si ces dimensions corporelles ne gravitaient pas simplement autour du TDAH… mais participaient à son organisation développementale elle-même ?
Les recherches contemporaines sur la cognition incarnée, le développement moteur et les systèmes dynamiques suggèrent progressivement que l’attention n’émerge pas indépendamment du corps, mais à travers lui.
Avant de pouvoir soutenir son attention, l’enfant doit d’abord apprendre à stabiliser son axe, organiser sa respiration, orienter son regard, libérer ses mains pour explorer, puis coordonner progressivement perception et action dans un environnement vivant.
L’attention pourrait ainsi ne pas être uniquement une fonction cérébrale isolée, mais l’aboutissement progressif d’une organisation corporelle, respiratoire et relationnelle permettant une meilleure disponibilité au monde.
Les travaux récents sur le développement moteur et le TDAH vont dans ce sens. Shimko et James rappellent que le contrôle postural, l’exploration sensorimotrice, la motricité fine et l’attention soutenue sont profondément intriqués dans le développement de l’enfant. Les difficultés motrices observées dans le TDAH pourraient donc refléter bien davantage qu’un simple trouble associé.
Cette perspective rejoint les approches de la cognition incarnée développées notamment par Gibson, Thelen, Varela, Berthoz ou encore Paillard : le cerveau ne se développe pas seul. Il se construit dans l’action, la gravité, le mouvement, la respiration et l’interaction avec l’environnement.
Dans cette continuité, plusieurs équipes de recherche explorent aujourd’hui les liens entre posture, respiration, équilibre et éveil cortical. Ces travaux, encore dispersés, dessinent progressivement une architecture physiologique cohérente reliant verticalité, régulation tonique, disponibilité attentionnelle et adaptation comportementale.
Cet article propose d’explorer cette convergence scientifique et clinique à travers une hypothèse organisatrice : celle du Système Tonico‑Ventilatoire (STV).
Le STV n’est pas présenté ici comme une vérité définitive ni comme un modèle clos. Il constitue plutôt une tentative de relier de manière cohérente des observations cliniques récurrentes et des champs scientifiques encore fragmentés.
À travers cette lecture, le TDAH pourrait apparaître non seulement comme un trouble de l’attention, mais aussi comme une difficulté plus globale du vivant à maintenir une organisation suffisamment stable pour explorer, apprendre, récupérer et interagir avec son environnement.
Cette perspective ouvre également une autre voie thérapeutique et éducative : non plus seulement corriger des symptômes, mais favoriser, par l’apprentissage et l’environnement familial, les conditions d’une meilleure adaptabilité physiologique du vivant.
Car si le développement est incarné, alors les solutions doivent probablement le redevenir elles aussi.
Partie 1 — L’attention n’émerge pas hors du corps
Depuis longtemps, le TDAH est décrit à partir de ses manifestations les plus visibles : inattention, agitation, impulsivité, difficulté à inhiber une réponse ou à maintenir un effort cognitif.
Cette lecture a permis de mieux identifier les enfants en difficulté. Mais elle a aussi contribué à enfermer l’attention dans une représentation essentiellement cérébrale et comportementale.
Or, l’enfant n’apprend pas à être attentif dans un cerveau isolé.
Il devient progressivement disponible au monde à travers un corps qui se construit : un corps qui apprend à tenir sa tête, stabiliser son axe, organiser son regard, libérer ses mains, explorer les objets, ajuster ses gestes, moduler son tonus et interagir avec son environnement.
Dans cette perspective, l’attention n’apparaît plus comme une fonction séparée, mais comme l’émergence progressive d’une organisation corporelle, perceptive et relationnelle.
Avant de pouvoir se concentrer, l’enfant doit pouvoir s’orienter. Avant de pouvoir inhiber, il doit pouvoir ajuster. Avant de pouvoir apprendre, il doit pouvoir tenir, respirer, percevoir et agir.
Les recherches contemporaines sur le développement moteur renforcent progressivement cette vision. Le développement postural, la stabilité de la tête, le contrôle des mains, l’exploration sensorimotrice et l’attention soutenue semblent évoluer ensemble au cours des premières années de vie.
Shimko et James rappellent notamment que les difficultés motrices observées chez de nombreux enfants présentant un TDAH pourraient ne pas être de simples troubles associés, mais participer à la trajectoire développementale elle-même.
Les auteurs montrent en particulier que :
- le contrôle postural facilite l’exploration visuelle et manuelle ;
- la stabilité corporelle soutient l’attention soutenue ;
- l’exploration motrice enrichit les capacités perceptives et cognitives ;
- les difficultés motrices précoces peuvent être associées à l’émergence ultérieure des symptômes du TDAH.
Ainsi, avant même les fonctions exécutives élaborées, le développement semble reposer sur une capacité plus fondamentale : celle d’un organisme vivant capable de stabiliser son rapport au monde pour explorer, apprendre et s’adapter.
— Changement de regard
Depuis plusieurs décennies, la compréhension du TDAH s’est principalement construite selon une logique descendante (« top‑down ») : le cerveau cognitif, les fonctions exécutives et les réseaux attentionnels seraient les centres de commande à partir desquels s’organiseraient les comportements de l’enfant.
Mais cette représentation pourrait aujourd’hui être incomplète.
Les recherches en cognition incarnée, en développement moteur et en neurosciences du mouvement suggèrent progressivement un autre chemin : les fonctions cognitives supérieures pourraient émerger à partir de l’organisation corporelle du vivant plutôt que l’inverse.
Avant d’apprendre à planifier, inhiber ou maintenir son attention, l’enfant doit d’abord pouvoir :
- stabiliser son axe postural ;
- organiser sa respiration ;
- réguler son éveil ;
- orienter son regard ;
- explorer son environnement ;
- et développer un sentiment de sécurité physiologique suffisant pour interagir avec le monde.
Dans cette perspective, l’attention ne serait plus uniquement un contrôle exercé par le cerveau sur le corps, mais l’expression émergente d’un organisme capable de tenir, respirer, percevoir, anticiper, récupérer et s’adapter.
Le problème ne serait alors plus seulement :
« Comment contrôler davantage le comportement ? »
Mais peut‑être :
« Comment restaurer les conditions physiologiques permettant au vivant de se sentir suffisamment stable et sécurisé pour apprendre et interagir ? »
Ce déplacement du regard change profondément la compréhension du TDAH : des fonctions exécutives vers les conditions corporelles de leur émergence.
Si l’attention n’émerge pas hors du corps, alors il devient nécessaire de remonter plus loin : vers l’histoire même de la verticalité humaine.
Car chez l’humain, se redresser n’a pas seulement transformé la locomotion. Cela a libéré la main, organisé le regard, modifié la respiration et ouvert de nouvelles possibilités d’action sur le monde.
Partie 2 — De la verticalité au geste : quand le corps transforme la cognition
L’histoire du développement humain ne peut probablement pas être séparée de l’histoire de la verticalité.
Bien avant l’émergence du langage élaboré, de l’attention volontaire ou des fonctions exécutives, l’espèce humaine a dû relever un défi fondamental : se redresser face à la gravité.
La bipédie a profondément transformé l’organisation du vivant.
En libérant progressivement les membres supérieurs de leur fonction locomotrice, elle a permis l’apparition de nouvelles possibilités d’action sur l’environnement : saisir, manipuler, transporter, orienter un geste, utiliser un outil, puis communiquer.
Ainsi, la cognition humaine pourrait ne pas avoir émergé malgré le corps, mais à travers les contraintes et les possibilités offertes par cette nouvelle organisation corporelle.
Dans cette perspective, la verticalité n’est pas seulement une posture.
Elle transforme profondément les relations entre :
- équilibre ;
- tonus ;
- respiration ;
- regard ;
- geste ;
- perception ;
- et anticipation de l’action.
Les travaux récents en anthropologie évolutionniste renforcent cette idée. Plusieurs chercheurs suggèrent aujourd’hui que la latéralisation manuelle humaine serait étroitement liée à l’émergence d’une bipédie pleinement fonctionnelle et à l’évolution des capacités cérébrales associées à l’action orientée et à l’utilisation d’outils.
Cette continuité pourrait se résumer ainsi :
Bipédie → libération de la main → latéralisation → geste orienté → outil → langage → cognition.
Autrement dit, la cognition humaine pourrait être le prolongement progressif d’un corps devenu capable de se verticaliser, stabiliser son axe et agir plus finement sur le monde.
Cette lecture rejoint profondément les approches de la cognition incarnée développées notamment par Gibson, Thelen, Berthoz ou Varela. Dans ces modèles, perception et action ne sont jamais séparées : elles se construisent ensemble dans l’interaction permanente entre l’organisme et son environnement.
Le geste ne vient pas après la cognition.
Il participe à sa construction.
Le développement de l’enfant semble suivre cette même logique.
Lorsque le nourrisson stabilise progressivement sa tête et son tronc, ses mains deviennent plus disponibles pour explorer. L’exploration enrichit alors la perception visuelle, tactile et spatiale. Peu à peu, cette interaction répétée entre perception et action contribue à l’émergence :
- de l’attention soutenue ;
- de la coordination ;
- de l’anticipation ;
- puis des fonctions exécutives.
Les difficultés motrices fréquemment observées chez les enfants présentant un TDAH pourraient ainsi ne pas relever uniquement d’un « trouble associé », mais refléter une organisation développementale plus globale impliquant les mécanismes mêmes qui soutiennent l’émergence de la disponibilité attentionnelle.
Dans cette perspective, l’attention pourrait être moins comprise comme une simple fonction cérébrale localisée que comme une propriété émergente d’un organisme capable :
- de stabiliser son rapport à la gravité ;
- d’orienter son action ;
- de moduler son tonus ;
- et d’anticiper son interaction avec le monde.
— Changement de regard
Et si l’histoire de l’attention humaine commençait avec la verticalité ?
La bipédie n’a pas seulement modifié notre manière de marcher.
Elle a transformé :
- la stabilité posturale ;
- l’organisation respiratoire ;
- la libération de la main ;
- l’orientation du regard ;
- la précision du geste ;
- et probablement les conditions mêmes de l’émergence cognitive.
Dans cette perspective, la cognition pourrait ne pas être uniquement produite par le cerveau, mais émerger d’un corps vivant capable de :
- tenir son axe ;
- explorer son environnement ;
- orienter son action ;
- et anticiper ses interactions avec le monde.
Le cerveau attentif deviendrait alors moins un point de départ qu’une conséquence progressive de l’organisation du vivant face à la gravité.
Cette hypothèse conduit alors à une autre question essentielle :
Comment la verticalité parvient-elle à maintenir cette stabilité dynamique au quotidien ?
Car tenir debout ne dépend pas uniquement des muscles ou des articulations.
Cette stabilité mobilise en permanence le tonus, l’équilibre, la respiration et les mécanismes d’éveil cortical permettant au vivant de rester disponible à son environnement.
Partie 3 — La verticalité organise le vivant : posture, respiration et éveil cortical
Tenir debout est une prouesse du vivant.
La verticalité humaine exige une coordination permanente entre :
- le tonus postural ;
- l’équilibre ;
- la respiration ;
- les ajustements moteurs ;
- et les mécanismes d’éveil permettant au vivant de rester disponible à son environnement.
La posture ne peut donc être réduite à une simple architecture musculaire ou articulaire.
Elle constitue un processus dynamique d’adaptation permanente.
Jean Massion rappelait déjà que posture, mouvement et équilibre forment un système indissociable où l’action précède souvent même la conscience du mouvement. Ses travaux sur les ajustements posturaux anticipés (APA) ont profondément modifié la compréhension du contrôle moteur : le corps prépare l’action avant même qu’elle ne soit réalisée.
Le vivant anticipe.
Cette vision rejoint les travaux d’Alain Berthoz autour de l’anticipation et de la simplexité. Le cerveau n’attend pas passivement les informations sensorielles ; il simule, ajuste et prépare continuellement l’action en fonction des contraintes de l’environnement.
Dans cette continuité, Pierre-Marie Gagey et Bernard Weber montreront que la stabilité humaine ne repose pas sur un équilibre fixe, mais sur des oscillations permanentes nécessitant des régulations complexes entre perception, tonus et gravité.
Tardy prolongera cette réflexion en proposant le concept de système « respi-statique », ouvrant une articulation majeure entre équilibre postural et organisation respiratoire.
Aujourd’hui, plusieurs équipes contemporaines, notamment autour de Rémi Valentin et Thomas Similowski, commencent à documenter expérimentalement les liens entre respiration, posture et éveil cortical.
Ces recherches suggèrent progressivement que ces dimensions participent d’une même organisation adaptative du vivant.
Une continuité semble alors émerger :
Verticalité → posture antigravitaire → respiration organisée → éveil cortical → disponibilité attentionnelle.
Dans cette perspective, respiration et posture ne seraient plus deux fonctions séparées, mais les composantes d’une même dynamique physiologique.
Cette continuité entre posture, respiration, éveil et adaptation pourrait progressivement dessiner ce que nous proposons d’appeler le Système Tonico-Ventilatoire (STV).
Cette hypothèse devient particulièrement intéressante dans le TDAH.
De nombreux enfants présentent simultanément :
- instabilité posturale ;
- agitation motrice ;
- troubles ventilatoires nocturnes ;
- fatigabilité ;
- fluctuations attentionnelles ;
- hyperactivité ;
- variabilité émotionnelle.
Traditionnellement, ces dimensions sont souvent traitées séparément :
- d’un côté les fonctions cognitives ;
- de l’autre le sommeil ;
- ailleurs encore la posture ou la respiration.
Mais si ces manifestations participaient en réalité d’une même difficulté d’organisation physiologique ?
Le problème ne serait alors plus uniquement celui d’un « déficit attentionnel », mais celui d’un système ayant du mal à maintenir une stabilité adaptative suffisante entre équilibre, respiration, éveil, récupération et disponibilité au monde.
— Changement de regard
Et si la respiration jouait un rôle beaucoup plus central dans le développement de l’attention qu’on ne l’a longtemps imaginé ?
Respirer ne sert pas uniquement à oxygéner le cerveau.
La respiration module également :
- le tonus postural ;
- les rythmes d’éveil ;
- l’équilibre ;
- les ajustements moteurs ;
- et probablement la disponibilité attentionnelle elle-même.
Dans cette perspective, la posture humaine ne pourrait être maintenue sans une organisation respiratoire suffisamment stable, adaptable et synchronisée avec l’environnement.
L’attention pourrait alors apparaître non comme une fonction isolée du cerveau, mais comme l’expression momentanée d’un organisme capable :
- de tenir son axe ;
- moduler son éveil ;
- récupérer ;
- anticiper ;
- et maintenir un équilibre dynamique face à la gravité.
Le vivant ne cherche pas seulement à « penser » correctement.
Il cherche d’abord à rester suffisamment organisé pour pouvoir interagir avec le monde sans s’épuiser ni s’effondrer.
Partie 4 — Du réflexe à la régulation : l’émergence d’un système adaptatif
Pendant longtemps, le développement de l’enfant a été interprété à travers une lecture hiérarchique du système nerveux.
Les réflexes archaïques apparaissaient comme des étapes primitives devant progressivement disparaître au profit des fonctions corticales supérieures.
Cette représentation a profondément influencé de nombreuses approches thérapeutiques contemporaines. Certaines cherchent encore aujourd’hui à « inhiber » ou « réintégrer » les réflexes persistants, comme s’ils constituaient directement la cause des difficultés développementales.
Pourtant, les neurosciences du mouvement proposent progressivement une lecture différente.
Les travaux de Bernstein avaient déjà montré que le mouvement humain ne peut être réduit à une succession mécanique de réflexes.
Le vivant doit au contraire résoudre en permanence des problèmes complexes de coordination, d’anticipation et d’adaptation face à un environnement changeant.
Jean Massion prolongera cette compréhension en montrant que le contrôle moteur repose largement sur des mécanismes anticipatoires intégrant posture, équilibre et mouvement avant même l’exécution consciente de l’action.
Dans cette perspective, les réflexes ne disparaissent pas réellement.
Ils deviennent progressivement intégrés dans des organisations motrices plus complexes, plus souples et plus adaptatives.
Le développement humain pourrait alors être compris moins comme une suppression des automatismes primitifs que comme une transformation progressive de l’organisation du vivant vers davantage :
- d’anticipation ;
- de modulation ;
- de stabilité dynamique ;
- et de souplesse adaptative.
Cette vision rejoint profondément les approches des systèmes dynamiques développées notamment par Esther Thelen.
Pour Thelen, le développement ne suit pas un programme linéaire prédéfini. Il émerge de l’interaction permanente entre :
- le corps ;
- le cerveau ;
- l’environnement ;
- la gravité ;
- l’expérience ;
- et l’action.
Ainsi, un comportement ne dépend jamais d’une seule cause isolée.
Il reflète l’état d’organisation momentané de l’ensemble du système.
Cette lecture ouvre une perspective particulièrement importante dans le TDAH.
Les manifestations souvent observées — agitation motrice, instabilité attentionnelle, hyperréactivité émotionnelle, fatigabilité ou difficultés de récupération — pourraient ne pas traduire uniquement un « défaut » des fonctions exécutives, mais une difficulté plus globale du système à maintenir une régulation suffisamment stable et adaptable.
Dans cette perspective, les réflexes persistants deviennent moins des causes à corriger que des indicateurs possibles d’une organisation physiologique encore coûteuse, peu stable ou insuffisamment automatisée.
Autrement dit, le problème ne serait peut-être pas la présence d’un réflexe, mais la difficulté du système à accéder à une régulation plus souple, prédictive et économique.
Les conséquences cliniques changent alors profondément.
L’objectif ne devient plus seulement :
- d’inhiber ;
- corriger ;
- ou normaliser.
Il devient aussi de favoriser les conditions permettant au vivant de développer progressivement :
- une meilleure stabilité posturale ;
- une respiration plus adaptable ;
- une modulation tonique plus fluide ;
- une récupération plus efficace ;
- et une disponibilité attentionnelle moins coûteuse.
Cette approche rejoint naturellement les modèles contemporains de neuroplasticité et d’apprentissage incarné : ce n’est pas uniquement le cerveau qui change, mais l’ensemble des coordinations entre le corps, l’environnement et les expériences vécues.
— Changement de regard
Et si le développement humain ne consistait pas à supprimer des réflexes… mais à apprendre progressivement à mieux s’organiser face au monde ?
Dans cette perspective, les réflexes archaïques ne seraient plus nécessairement des « erreurs » à corriger, mais les traces visibles d’un système cherchant encore sa stabilité adaptative.
Le véritable enjeu ne serait alors plus :
« Comment inhiber un réflexe ? »
Mais peut-être :
« Comment permettre au vivant de développer une organisation suffisamment stable, souple et sécurisée pour que de nouvelles coordinations puissent émerger naturellement ? »
Le passage du réflexe à la régulation marque alors un changement majeur de paradigme :
- du contrôle vers l’adaptation ;
- de la correction vers l’apprentissage ;
- du symptôme vers l’organisation du vivant.
Cette question du passage du réflexe à la régulation fera l’objet d’un prochain article co-écrit avec Jean-Luc Safin et Bérangère Thirioux afin d’explorer plus profondément les liens entre développement moteur, anticipation et organisation adaptative du vivant.
Conclusion — Du symptôme à l’organisation du vivant
Peut-être que derrière l’agitation, l’inattention ou l’épuisement adaptatif observés chez de nombreux enfants se cache une question beaucoup plus fondamentale.
Comment un être humain construit-il, au cours de son développement, suffisamment de stabilité intérieure pour rester disponible au monde sans s’y épuiser ?
À travers les recherches sur la cognition incarnée, la verticalité, la posture, la respiration, l’éveil cortical et les systèmes dynamiques, une autre lecture du TDAH semble progressivement émerger.
L’attention pourrait ne plus être comprise comme une simple fonction isolée du cerveau, mais comme l’expression momentanée d’un organisme capable :
- de tenir ;
- respirer ;
- anticiper ;
- récupérer ;
- et interagir avec son environnement de manière suffisamment stable et souple.
Dans cette perspective, le Système Tonico-Ventilatoire (STV) ne chercherait pas à remplacer les modèles existants.
Il proposerait plutôt un fil d’Ariane permettant de relier progressivement :
- le corps ;
- le cerveau ;
- le sommeil ;
- les émotions ;
- les apprentissages ;
- et les dynamiques familiales
dans une compréhension plus incarnée du développement humain.
Cette approche ouvre alors une perspective profondément éducative et humaniste.
Non plus seulement corriger des symptômes, mais aider progressivement l’enfant — et parfois toute sa famille — à retrouver les conditions physiologiques, relationnelles et environnementales permettant au vivant de :
- respirer plus librement ;
- récupérer plus profondément ;
- apprendre avec moins d’effort ;
- et interagir avec davantage de sécurité intérieure.
Car peut-être que cette question ne concerne pas uniquement les enfants.
Peut-être concerne-t-elle aussi les adultes qui les accompagnent.
Kinésithérapeute
Président & Cofondateur Institut Neurosens
D.I.U. Posturologie clinique
D.U. Perception Action Troubles des Apprentissages
Membre de la Société Française de Physiothérapie
Membre de l'Association de Psychophysiologie Appliquée et Biofeedback - AAPB
Membre de la Société Internationale de Neurorégulation et la Recherche - ISNR
Co-Auteur : TDAH-Les causes cachées, les solutions efficaces
Co-Auteur : Sommet Francophone du TDAH
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